Aimer, sans forcément habiter ensemble quand on est senior. Plusieurs études publiées entre 2019 et 2025 montrent que les relations « chacun chez soi » séduisent aussi les plus de 60 ans. Pour certains, cette formule permet de concilier vie affective, autonomie et maintien d’un cadre de vie construit au fil des années.
Un couple sans adresse commune
Pendant longtemps, l’installation sous le même toit apparaissait comme une étape naturelle de la vie amoureuse.
Une étude publiée en décembre 2024 par l’Université de Lancaster et l’University College de Londres montre pourtant que de nombreuses personnes de plus de 60 ans préfèrent une relation stable sans partager le même logement.
Les chercheurs constatent que cette forme de relation favorise le bien-être psychologique des seniors. Yang Hu, l’un des auteurs de l’étude, y voit « un équilibre subtil entre la vie de couple et l’indépendance de chacun ».
Des attentes différentes selon les générations
Les plus de 60 ans ne voient pas toujours le couple de la même manière que leurs cadets.
Selon une enquête réalisée en septembre 2022 par l’institut Becoming pour APEF auprès de 1 000 Français, 83 % des moins de 35 ans souhaitent vivre avec leur partenaire. Chez les plus de 60 ans, cette proportion tombe à 47 %. 71 % des femmes de plus de 60 ans envisageraient de conserver leur propre domicile dans le cadre d’une nouvelle relation.
L’étude britannique aboutit à des conclusions similaires. Les femmes célibataires de plus de 60 ans sont dix fois plus susceptibles d’opter pour un couple qui a choisi de ne pas cohabiter que pour un mariage ou une cohabitation classique. Les chercheurs avancent une explication : dans de nombreux couples, les femmes continuent d’assumer l’essentiel des tâches domestiques et de l’aide apportée au conjoint. Le modèle « chacun chez soi » leur permettrait davantage de préserver leur indépendance.
Refaire sa vie sans refaire foyer
La plupart des adeptes du “chacun chez soi” ont déjà vécu en couple.
Dans son étude publiée par l’Ined en mai 2019, le démographe Arnaud Régnier-Loilier observe que les couples qui ne cohabitent pas sont plus fréquemment composés de personnes séparées, divorcées ou veuves. Chez les 51-65 ans, seuls 22 % envisagent encore d’emménager ensemble dans les deux années à venir.
Après un mariage, une séparation ou un veuvage, certains seniors privilégient une relation amoureuse sans pour autant souhaiter partager le même toit. Plusieurs décennies de vie en famille les amènent parfois à vouloir préserver l’équilibre qu’ils ont construit au fil des années. Conserver son logement, ses habitudes ou son rythme de vie apparaît parfois plus important que la perspective d’une nouvelle installation commune.
Le choix de vivre séparément permet aussi de conserver ses habitudes, ses activités, de voir ses proches et d’organiser son temps comme on l’entend, sans bouleverser un quotidien construit au fil des années.
Les chercheurs britanniques avancent aussi une raison très concrète : vivre séparément évite les bouleversements liés à une nouvelle vie commune, comme un déménagement, le partage des biens ou les questions d’héritage.
Autre enseignement de l’étude : les hommes comme les femmes semblent tirer profit de cette forme de relation. Un résultat qui renforce l’idée que le couple « chacun chez soi » répond aux attentes d’un nombre croissant de seniors.
Une relation loin d’être éphémère »

Le couple « chacun chez soi » n’est pas synonyme d’un engagement au rabais.
Selon Yang Hu, les couples qui choisissent de ne pas cohabiter constituent même l’une des formes de relation les plus durables chez les plus de 60 ans.
Les chercheurs constatent que les effets positifs de cette formule sur le bien-être concernent aussi bien les hommes que les femmes. Cette observation tranche avec des travaux antérieurs selon lesquels les hommes tirent généralement davantage profit du mariage que les femmes.
Loin d’être un refus de l’engagement, le couple « chacun chez soi » apparaît donc, pour certains seniors, comme une autre manière de construire une relation durable.
Divorces, séparations, veuvages ou recompositions familiales conduisent de nombreux seniors à repenser leur vie affective.
En Martinique aussi, les seniors sont nombreux à connaître plusieurs étapes de vie : mariage, séparation, divorce ou veuvage. Les professionnels de la rencontre observent des attentes qui évoluent. Certaines personnes ne recherchent plus nécessairement une nouvelle vie commune lorsqu’elles retrouvent l’amour.
C’est une évolution qui bouscule l’idée selon laquelle une relation durable passe forcément par la vie commune.
Sources : bfmtv.com, senioractu.com, notretemps.com
La rédaction vous conseille
Innovations dans les EHPAD : impacts concrets sur les résidents
Les innovations dans les EHPAD ne relèvent plus du gadget ou de l’effet d’annonce. Elles modifient en profondeur le quotidien des résidents, en améliorant à la fois leur confort, leur autonomie et leur bien-être. Mais quels sont ces changements et comment sont-ils vécus par les personnes âgées elles-mêmes ? Des lieux de vie plus humains […]




