« Je n’ai pas le temps d’être fatiguée. »
La phrase revient dans presque tous nos entretiens avec les aidants familiaux. Elle est prononcée sans plainte, sans pathos, comme on énonce une évidence pratique. C’est précisément ce qui inquiète.
En janvier, nous publions le témoignage d’une aidante martiniquaise, « Apprendre à ne pas s’oublier ». Neuf mois plus tard, quelques semaines après la Journée mondiale Alzheimer du 21 septembre, nous reprenons le fil. Les projecteurs se sont éteints, les aidants sont restés. Et ce qui leur manque le plus souvent, ce ne sont pas des encouragements, mais des adresses et des dispositifs concrets.
Ce qui use vraiment
Vu de l’extérieur, on croit que la fatigue vient de la charge physique. Les aidants décrivent autre chose :
- La vigilance permanente : l’oreille tendue la nuit, la porte d’entrée qu’on surveille, le gaz qu’on vérifie trois fois.
- Le deuil progressif : accompagner quelqu’un qui est là et qui, pourtant, s’éloigne un peu plus chaque mois.
- La vie sociale qui s’efface : on décline les invitations, puis on cesse d’en recevoir.
- La culpabilité : elle fait de la moindre demande d’aide un aveu d’échec.
En Martinique, un facteur pèse souvent plus lourd : la distance. Lorsque les frères et les sœurs vivent dans l’hexagone, tout repose sur celui ou celle qui est resté(e) au pays. Les autres appellent, s’inquiètent sincèrement, donnent des conseils, puis repartent. Ce déséquilibre nourrit des conflits familiaux dont on parle très peu.

Le répit n’est pas un luxe, c’est un dispositif
Beaucoup de familles ignorent jusqu’à l’existence des plateformes d’accompagnement et de répit. Nées dans le cadre du plan Alzheimer, elles s’adressent depuis 2021 à tous les proches aidants d’une personne atteinte d’une maladie neuro-évolutive ou d’une maladie chronique invalidante, ou en situation de handicap. La France en compte plus de 220.
Selon les cas, elles proposent :
- du répit à domicile ou hors du domicile ;
- des accueils de jour et des ateliers de stimulation pour la personne malade ;
- un soutien psychologique et des groupes de parole pour l’aidant ;
- de l’information et de l’orientation, en principe gratuites.
Dans le Nord Atlantique, une porte d’entrée. La plateforme L’Olivier 972 est portée par l’association Les Ailes de l’Espoir, qui gère l’EHPAD du Gros-Morne. Elle forme et informe les aidants, propose un soutien psychologique individuel ou collectif, organise des solutions de répit en interne ou avec des partenaires, ainsi que des activités de loisirs pour redonner du souffle. Son territoire : Le Robert, La Trinité, Gros-Morne, Sainte-Marie et Marigot. Ses coordonnées figurent dans l’annuaire national Soutenir les aidants.
Et ailleurs sur l’île ? Deux portes d’entrée fiables : le CCAS de votre commune et votre médecin traitant, qui peut vous orienter vers une consultation mémoire et vers l’accueil de jour le plus proche. Si votre premier interlocuteur ne sait pas répondre, ne baissez pas les bras : dans ce domaine, il faut souvent deux ou trois appels avant de trouver la bonne personne.
Quatre démarches à engager
1. Obtenir un diagnostic écrit. C’est la clé de tout le reste. Consultation mémoire, neurologue ou médecin traitant : sans diagnostic formalisé, les démarches se compliquent considérablement.
2. Déposer une demande d’APA. L’allocation personnalisée d’autonomie se demande auprès de la Collectivité territoriale de Martinique. Elle finance des heures d’aide à domicile selon le degré de perte d’autonomie et les ressources. Le dossier est long, les délais aussi : mieux vaut ne pas attendre sa réponse pour agir.
3. Faire valoir le droit au répit. Adossé à l’APA, il permet de financer un accueil temporaire ou de jour pour que l’aidant puisse enfin se reposer. Très peu connu, il reste largement sous-utilisé.
4. Adapter le logement. Sécuriser la salle de bain, poser des barres d’appui, mieux éclairer un couloir : ces gestes simples réduisent aussi l’angoisse de l’aidant. Nous détaillons les financements possibles dans notre article sur les aides pour adapter sa salle de bain en 2026.
Trois réflexes à adopter
Ne pas rester seul avec l’information. Pousser la porte d’un groupe de parole, ne serait-ce qu’une fois, change le regard qu’on porte sur sa propre situation. France Alzheimer le répète aux aidants, comme nous le rappelions dans notre article de septembre : vous n’êtes pas seuls. Renseignez-vous sur les rencontres organisées près de chez vous.
Oser se dire « aidant ». Des millions de Français accompagnent un proche sans se reconnaître dans ce mot. Or les droits ne s’ouvrent qu’à ceux qui s’en saisissent.
Mettre la répartition par écrit avec la fratrie. Même approximative, même imparfaite. Un tableau partagé vaut mieux que dix ans de rancune silencieuse.
Tenir sur la durée
Prendre du répit, ce n’est pas abandonner son proche. C’est la condition pour tenir, car ces accompagnements se comptent en années, pas en mois. Quand un aidant s’effondre, l’issue est trop souvent une entrée en établissement précipitée, décidée dans l’urgence plutôt que choisie.
Les journées de sensibilisation passent, le quotidien reste. Il n’y a pas de date idéale pour passer l’appel qu’on repousse depuis des mois. Autant que ce soit cette semaine.
Pour aller plus loin : le fonctionnement des plateformes d’accompagnement et de répit, ainsi que la carte des dispositifs, sont présentés sur le portail public pour-les-personnes-agees.gouv.fr.
Vous accompagnez un proche et souhaitez témoigner, même anonymement ? Notre rédaction vous écoute.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une plateforme d’accompagnement et de répit ?
C’est une structure qui propose aux proches aidants du répit à domicile ou hors du domicile, des accueils de jour, un soutien psychologique, des groupes de parole et de l’orientation. La France en compte plus de 220.
Où déposer une demande d’APA en Martinique ?
Auprès de la Collectivité territoriale de Martinique. Le dossier est long : mieux vaut ne pas attendre la réponse pour engager les autres démarches.
À qui s’adresser dans le Nord Atlantique ?
À la plateforme L’Olivier 972, qui couvre Le Robert, La Trinité, Gros-Morne, Sainte-Marie et Marigot. Ailleurs, le CCAS de la commune et le médecin traitant sont les deux portes d’entrée.



