Zones bleues : où vit-on le plus longtemps dans le monde ?
En Martinique, la longévité est exceptionnelle selon des chercheurs. Il n’est pas rare de lire dans votre quotidien, France Antilles, qu’un ou une Martiniquais(e) a fêté ses 100 ans entouré(e) de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Où vit-on le plus dans le monde. Quel est le secret des personnes qui vivent longtemps ? L’espérance de […]
Dynamique, volubile et heureuse de vivre, Virginie Caster participait à un séjour organisé avec le soutien de la CGSS Martinique dans le cadre du programme Bien Vieillir lorsque nous l’avons rencontrée À l’approche de ses 100 ans, elle a accepté de partager ses souvenirs et son regard sur la vie.
Où êtes-vous née ?
Je suis née à Saint-Joseph, c’est ma commune. Cette année, le 16 juillet, j’aurai 100 ans.
Comment était votre enfance ?
Dès mon plus jeune âge, ma mère et moi avons connu la misère. Je suis la deuxième de la fratrie. La première est morte. Au total, ma maman a eu dix enfants. Mon père travaillait à l’usine mais il nous avait laissés, il ne venait que quand il le voulait. C’est nous, les plus âgés, qui avons aidé maman à élever les huit autres enfants. Nous étions malheureux, mais maman nous apprenait la vie. Elle disait : « Plutôt que de vous faire voir de la misère, je vais faire comme je peux avec mes enfants. »
Comment se déroulaient vos journées quand vous étiez jeune ?
On cueillait des cocos et nous les épluchions. Je portais jusqu’à vingt noix de coco sur un trait. On fabriquait des torches et on les mettait sur la tête pour porter les cocos jusqu’à Sainte-Thérèse et ailleurs. On faisait tout à pied.
On fabriquait un torchon en forme de couronne pour protéger nos têtes, et on marchait pour aller les vendre à Sainte-Thérèse et un peu partout. À pied, sous la chaleur. On les vendaient 25 centimes l’unité[1].
Quand les gens disaient qu’ils n’avaient rien à manger et demandaient des fruits à pain, je retournais chez moi pour en cueillir avec une golette et leur apporter.
Avez-vous été longtemps à l’école ?
J’y suis allée jusqu’à l’âge de 13 ans. Je trouvais que je n’apprenais pas assez. J’avais toujours zéro en problème mais en orthographe, cela allait. Jusqu’à présent, je lis un petit peu. J’ai donc quitté l’école à cet âge et je suis restée à la maison jusqu’à mes 18 ans, avant de partir travailler. J’ai eu mon premier enfant à l’âge de 18 ans. Mes parents m’ont mise dehors.
Quels métiers avez-vous exercés ?
J’ai travaillé dans les champs pour attacher les cannes, et je portais des marchandises sur la tête pour aller les vendre. Je montais même dans les cocotiers pour cueillir des cocos afin d’élever mes enfants. Plus tard, j’ai travaillé dans des maisons pour des familles venues de France qui vivaient près de l’armée. Je n’ai pas eu de problème pour obtenir ma retraite et je l’ai prise à 60 ans.


Quel regard portez-vous sur la jeunesse d’aujourd’hui ?
Les jeunes d’avant obéissaient davantage à leurs parents. Aujourd’hui, les enfants font des études, ils obtiennent leur bac, mais ils ne trouvent pas de travail. Je vois aussi des gens souffrir dans la rue, tomber dans la drogue. Avant, on vivait avec peu, mais on vivait mieux, on était plus tranquilles. Quelqu’un pouvait vous dire qu’il ne vous aimait plus mais il ne vous tuait pas.
Quels ont été les moments les plus heureux de votre vie ?
Depuis que je suis à la retraite, mon bonheur est d’aller à l’église. Ma retraite me rend pleinement heureuse. J’ai aussi voyagé un petit peu, j’ai pris l’avion et le bateau. Aujourd’hui, je vis chez moi, entourée de mes photos et je ne m’ennuie jamais.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes ?
Qu’ils étudient à l’école, qu’ils trouvent du travail et que la vie change pour eux. Je demande aussi aux parents de soutenir leurs enfants pour que tout se réalise au mieux.
Quel est votre secret pour bien vieillir ?
Je suis encore là aujourd’hui grâce à l’amour. J’ai travaillé toute ma vie, j’ai fait des économies, j’ai bâti ma maison et acheté mon terrain. Voir mes enfants suivre un bon chemin, c’est cela qui me donne la joie de vivre.
À quelques jours de vos 100 ans, comment vous sentez-vous ?
Je me sens bien et je me sens heureuse. J’ai à manger et j’ai tout ce qu’il me faut. C’est ma fille Lydie qui s’occupe de moi ; elle aide aussi les autres. Si je ne l’avais pas élevée comme je l’ai fait, je serais déjà morte ou dans la rue. Aujourd’hui, j’ai mes économies, je fais ce que je veux et je peux dire que j’ai bien profité de ma vie.
Le bon Dieu m’a permis d’atteindre cet âge-là et je le dois à ma foi. J’ai vécu, j’ai fait du bien à tout le monde et je fais la charité jusqu’à maintenant. Ma maman est morte à 103 ans. Si je peux, je vais fêter mon anniversaire avec mes amis.
[1] à peu près 11 centimes d’euros aujourd’hui
Source : Virginie Caster Happy Silvers
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