Chaque année, le 1er octobre revient avec sa série de chiffres. On nous rappelle que la population mondiale vieillit, que la part des personnes de plus de 60 ans passera d’environ un dixième à près d’un cinquième de l’humanité d’ici 2050, et qu’il faut « anticiper ». Et chaque année, il y a ce léger malaise : on parle beaucoup des personnes âgées, mais très rarement avec elles.
Chaque année, le 1er octobre revient avec sa série de chiffres. On nous rappelle que la population mondiale vieillit, que la part des personnes de plus de 60 ans passera d’environ un dixième à près d’un cinquième de l’humanité d’ici 2050, et qu’il faut « anticiper ». Et chaque année, il y a ce léger malaise : on parle beaucoup des personnes âgées, mais très rarement avec elles.
La Journée internationale des personnes âgées a été instaurée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1990. Son objet n’est pas de célébrer la vieillesse comme on célèbrerait une fête des voisins : il est de faire le point sur les droits des aînés : indépendance, participation, épanouissement personnel, dignité, les quatre principes énoncés par l’ONU en 1991. Source
Que signifient ces quatre mots appliqués à la Martinique ?
L’indépendance
Les personnes âgées doivent pouvoir vivre dans de bonnes conditions, rester autonomes, accéder aux soins, au logement, à la formation et à des ressources suffisantes. Elles doivent aussi pouvoir choisir de poursuivre une activité professionnelle et rester chez elles aussi longtemps que possible.
Un logement à l’étage, une rue en pente, un arrêt de bus à quinze minutes à pied : il suffit parfois de peu pour qu’une personne encore autonome au quotidien devienne dépendante de ses enfants pour se déplacer.
L’enjeu du bien vieillir ne se résume pas à la santé. Nous l’avons souligné dans notre dossier article sur vivre longtemps sans incapacité : l’espérance de vie augmente, mais c’est le nombre d’années passées en bonne santé, sans dépendance, qui détermine la qualité de la vieillesse. Et ce celui-ci dépend autant d’une salle de bain aménagée ou d’une ligne de transport accessible que d’une prescription médicale.
Participation
Les personnes âgées doivent pouvoir participer pleinement à la vie sociale, contribuer aux décisions qui les concernent, transmettre leur expérience aux jeunes générations, s’engager bénévolement et se regrouper au sein d’associations.
Dans notre société, la participation des personnes âgées reste parfois limitée. Elles sont encore trop peu présentes dans certains espaces de décision, de débat ou d’engagement.
Les parcours que nous racontons sur ce site montrent une autre réalité. Celui de Joëlle Prévot-Madère, une femme engagée au service de l’entrepreneuriat, en est tout à fait l’illustration: la retraite n’a jamais signifié le retrait. Elle signifie souvent le contraire : le moment où les personnes disposent enfin du temps pour s’engager.
Le paradoxe martiniquais est là. Nos associations, nos comités de quartier, nos églises, nos clubs sportifs existent encore en grande partie grâce à des bénévoles retraités. Nous acceptons volontiers l’engagement des retraités comme bénévoles mais nous leur donnons moins souvent la parole sur les décisions et les orientations.
Épanouissement personnel
L’idée selon laquelle, après un certain âge, on « n’apprend plus » persiste malgré tout. Elle est démentie chaque semaine par les seniors de Ti Gran Moun TV, qui apprennent à filmer, interviewer, monter des vidéos, utiliser une caméra 360° ou encore publier leurs contenus sur YouTube.
Il suffit parfois d’écouter la façon dont on s’adresse aux personnes âgées dans une salle d’attente ou à un guichet. On parle plus fort, plus lentement, on emploie un ton familier, parfois même infantilisant. Ces réflexes paraissent anodins, mais ils en disent long sur la place que la société accorde encore aux aînés.
Dignité
La dignité, c’est aussi une question de moyens. Une pension modeste, dans une île où le coût de la vie est élevé, signifie d’avoir à faire constamment des choix entre payer une complémentaire santé, une facture d’électricité et faire le plein d’essence pour aller faire ses courses. Nous avons consacré plusieurs dossiers à ces sujets, notamment sur le calcul de la pension de retraite et sur l’histoire de la retraite, de l’Hexagone à la Martinique, une histoire qui montre, entre autres, que l’égalité des droits sociaux ici n’a pas été acquise facilement. Elle a été gagnée, et ce, assez tardivement.
Ce que nous pourrions faire
Rien de compliqué. Trois choses simples, à la portée de chacun :
- Poser une vraie question et écouter la réponse jusqu’au bout. Pas un « ça va, manman ? » lancé en passant, mais un moment où l’on prend réellement le temps d’écouter.
- Enregistrer une histoire, un souvenir, une anecdote. Un téléphone suffit. Dans quelques années, cette voix et ce récit auront une valeur que les photos seules ne peuvent pas remplacer.
- Vérifier qu’aucune démarche importante ne reste en attente : un dossier d’aide à compléter, une complémentaire santé à revoir, une téléassistance à installer ou un courrier administratif resté sans réponse.
Vous connaissez un aîné dont l’histoire mérite d’être racontée ? Faites-nous découvrir son parcours. Les Chroniques sont aussi là pour transmettre ces histoires de vie.





