Aujourd’hui, nous donnons la parole à Danielle Ruffin, une aidante familiale martiniquaise qui accompagne sa mère atteinte d’Alzheimer. Entre culpabilité, rires et prise de conscience, elle nous livre un témoignage poignant sur la nécessité de se préserver pour mieux aider.
En France, près de 2 millions de personnes accompagnent chaque jour un proche atteint de la maladie d’Alzheimer. Une réalité qui touche de plein fouet la Martinique, où la population vieillit rapidement. Mais derrière les chiffres, il y a des histoires humaines, des défis immenses et, parfois, des moments de grâce inattendus.
Le diagnostic : Comprendre l’invisible
Souvent, la maladie s’installe à pas de velours avant de se révéler brutalement. Pour la mère de Danielle, âgée de 78 ans, les troubles du comportement étaient visibles depuis quelques années, mais les tests de mémoire initiaux n’avaient rien décelé.
C’est finalement une hospitalisation pour un autre motif qui a permis de poser le diagnostic via une IRM : Alzheimer, stade 3 avancé. Avec le recul et grâce à la formation reçue, Danielle réalise que la maladie était probablement là depuis dix ans, masquée par d’autres soucis de santé et les épreuves de la vie comme le COVID ou des deuils familiaux.
« On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres », confie-t-elle.
Être aidant : Le piège de la culpabilité et le besoin de répit
Devenir aidant, c’est souvent endosser une charge mentale écrasante. Danielle, déjà mère célibataire, grand-mère et en recherche d’emploi, a vu son quotidien bouleversé. Le sentiment de culpabilité est un compagnon fréquent : l’impression constante de ne pas en faire assez.
C’est ici que le rôle des associations devient vital. Danielle insiste sur l’importance de France Alzheimer Martinique. Grâce à leur formation, elle a pu déculpabiliser et comprendre une vérité essentielle : chaque personne fait de son mieux.
L’enseignement majeur ? « Être aidant, c’est aussi apprendre à ne pas s’oublier ». Pour tenir sur la durée, il est impératif de prendre soin de soi.
Une relation transformée : L’amour et l’humour comme remèdes
Contre toute attente, la maladie a rapproché Danielle de sa mère. Dans une fratrie marquée par les violences, Alzheimer a paradoxalement permis une forme de réconciliation. Danielle a pu témoigner son amour à sa mère tant qu’elle avait encore ses repères, apaisant ainsi les blessures du passé.
Mais ce qui surprend le plus dans ce témoignage, c’est la place laissée à la joie. Danielle l’affirme : « Ma mère n’a jamais autant fait rire la famille ». La perte de « filtre » social donne lieu à des jeux de mots et des situations cocasses que la famille choisit d’accueillir avec humour, un peu à la manière du film La vie est belle. Une belle leçon de résilience face aux phases d’agressivité qui peuvent aussi survenir.


Un enjeu sociétal majeur pour la Martinique
Le message de Danielle pour la Journée mondiale Alzheimer est clair : la société doit se préparer. Elle compare l’arrivée de la maladie dans une population vieillissante comme la nôtre à une « éruption volcanique » : sans préparation, les dégâts seront immenses.
Les besoins sont concrets :
- Plus de reconnaissance pour les aidants.
- Un soutien financier, car les structures d’accueil coûtent cher et devraient être plus accessibles, voire gratuites.
- Une solidarité de proximité renforcée entre voisins.
Où trouver de l’aide ?
Si vous traversez cette épreuve, ne restez pas seul. Comme Danielle, rapprochez-vous des structures compétentes pour vous former et participer à des groupes de parole.
- Résidence Les Terrasses – Bâtiment F Escalier 6 – Basse-Gondeau – 97232 LE LAMENTIN
- Horaires : du lundi au vendredi, 8h30 – 16h
Et vous ? Accompagnez-vous un proche atteint de troubles cognitifs ? Quelles sont vos astuces pour garder le moral et préserver des moments de joie ? Partagez votre expérience en commentaire.



