La maladie d’Alzheimer (1)

La maladie d’Alzheimer (1)

La maladie d’Alzheimer touche 8 000 personnes à la Martinique. Quelle est cette maladie ? Quels conseils peut-on donner aux aidants familiaux ? Peut-on prévenir la maladie ? Le Dr Carolle Chatot Henry, gériatre, répond à toutes ces questions à travers 3 rubriques.

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Dr Carolle Chatot-Henry

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie neuro-dégénérative, plus précisément une mort des neurones, cellules – qui à l’aide de neuromédiateurs – véhiculent entre autre la mémoire. Mais l’ensemble des fonctions cérébrales est atteint avec une chronologie propre à la maladie et l’évolution progressive entraine des difficultés de langage, d’habileté mais aussi de mobilité. La grabatisation est le stade ultime de la maladie. Il s’agit d’un processus multifactoriel, lié à l’âge (le plus souvent après 70 ans) mais aussi à bien d’autres composantes, non encore toutes identifiées. Toutefois les plus jeunes ne sont pas épargnés et la population de moins de 60 ans – encore en activité salariée – peut être touchée avec un impact professionnel conséquent.

Le non contrôle des facteurs de risque vasculaires, le stress, la dépression, certains toxiques comme l’aluminium … participe à cette genèse bien complexe de protéines anormales (Tau et Béta-amyloïde) qui se déposent au niveau des hippocampes (centre de la mémoire) puis se généralisent à l’ensemble des hémisphères cérébraux. Cela explique le mode insidieux de la maladie. La preuve scientifique de la maladie d’Alzheimer est la biopsie cérébrale mais n’est pas pratiquée en dehors des travaux de recherche, ce qui fait qu’on approche le diagnostic par élimination des autres atteintes cérébrales possibles. En effet, même si la maladie d’Alzheimer est la plus fréquente des maladies neuro-dégénératives (70 % des cas), d’autres pathologies appartiennent à ces troubles cognitifs majeurs, auparavant appelés « syndromes démentiels ».

L’évolution est mortelle d’un délai variable d’une dizaine d’années après le diagnostic posé : cet aspect – peu abordé avec les Aidants – permet pourtant d’accompagner au mieux son parent, dans l’idée de partager ce qui peut encore être vécu tout au long de ces années de maladie. Aucune guérison n’est actuellement possible, mais une vaccinothérapie est en cours d’étude.

Quelques chiffres ?

Selon les prévisions de l’Organisation Mondiale de la Santé, le nombre de malades devrait presque doubler tous les 20 ans, pour passer à 65,7 millions en 2030 (actuellement 35,6 millions) et à 115,4 millions en 2050. Chaque année, on dénombre 7,7 millions de nouveaux cas. 

En 2015, la France compte 900 000 personnes atteintes par la maladie et 225 000 nouveaux cas sont recensés chaque année. En 2020, 3 millions de personnes (malades et proches aidants).seront concernées par une prise en charge directe ou non.

Près de 15% des plus de 80 ans sont touchés par cette pathologie, toutefois près de 33 000 patients de moins de 60 ans sont atteints par celle – ci, ce qui est loin d’être négligeable avec un impact sociétal évident.

En Martinique, les chiffres avancés sont de 8 000 cas déclarés avec 240 cas-incidents annuels alors qu’il y aurait 800 places dédiées sur le territoire ; cela reste insuffisant pour un département qui sera parmi les plus âgés de France. De plus, le nombre de cas est certainement sous-estimé car nombre de personnes ne consulte pas pour différentes raisons ; le manque de sensibilisation, le parcours de santé difficile d’accès, le délai des consultations mémoire, la disponibilité de l’Aidant, le déni ou refus du patient de consulter … ou encore l’espoir « fictif » d’une amélioration car la fluctuation des troubles renforce cette idée.

Quels sont les signes qui peuvent nous amener à consulter ?

La plainte mnésique peut interpeller l’entourage, car le plus souvent le patient a une agnosie de ses propres signes, c’est à dire une non reconnaissance de ses oublis suspects. Cela intègre entièrement le tableau clinique avec d’autres signes comme l’apraxie ou l’impossibilité de manipuler certains objets (se servir d’une télécommande par exemple), ou l’aphasie (difficulté à dénommer les objets).

Maladie progressive, certains patients masquent les symptômes plusieurs années afin de poursuivre leur quotidien sans assistance. S’installent ensuite d’autres difficultés comme un repérage difficile dans un lieu nouveau, des évènements récents non retenus, des émotions non maîtrisées… L’entourage s’en inquiète mais le plus souvent le patient reste autonome dans les gestes quotidiens, d’où une idée de vieillissement normal pour des Aidants non formés à cette pathologie.

Le diagnostic est aussi retardé car il n’est pas aisé de différencier un syndrome dépressif chez la personne âgée et le début d’une M.A. : en effet, à un stade précoce il existe un trouble d’humeur, mode d’entrée possible de cette pathologie. Dans les deux cas, des troubles de la mémoire sont avérés, d’où un bilan neuropsychologique nécessaire pour étayer les hypothèses. Ce bilan est pertinent et est riche d’enseignement pour confirmer des fonction cognitives déficitaires.

Les premières modifications comportementales sont en fait imperceptibles et ce sont leurs impacts au quotidien qui font consulter : factures non payées, perte des repères pour rentrer à domicile, égarement d’argent ou de bijoux … Ceci appartient à un tableau pathologique alors que bien des oublis restent bénins, appelés troubles cognitifs mineurs liés alors à un vieillissement cérébral « naturel ».

 

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L'équipe d'Happy Silvers

 

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